Former des archivistes dans les pays du Sud : pourquoi ? comment ?

Jean-Wilfrid Bertrand, Directeur des Archives Nationales d’Haïti, a présenté un bilan et des perspectives sur la formation archivistique dans les pays des trois A, Afrique, Amérique, Asie, qui se vérifient aussi pour certains pays d’Europe de l’Est.

 Ces pays sont marqués par une grande diversité mais aussi par certaines constantes pour la question des archives : faiblesse du cadre normatif, absence des archives des politiques publiques, manque de formation, fuite des cerveaux, manque d’un statut professionnel reconnu pour les archivistes, tradition archivistique influencée par celle des anciens pays colonisateurs, privation d’une partie de la mémoire de ces nations, importance de la tradition orale qui amène à accorder peu d’importance aux documents écrits, inquiétude face à l’archive qui peut servir de preuve si la gestion gestion publique n’est pas bonne.

 Pourquoi former
Il est indispensable de former des archivistes pour protéger la mémoire et le patrimoine archivistique.
Il est aussi nécessaire de disposer d’archivistes bien formés pour appuyer une bonne gestion publique et pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds en termes de bonne gouvernance.

 Comment
Quand la formation classique de base reste souvent un luxe, en raison du manque de personnel enseignant et de structures d’enseignement, il n’est pas étonnant que les pays du Sud aient recours en priorité à la formation « sur le tas » et à la formation continue (séminaires, ateliers, conférences, cours donnés par des associations professionnelles, cours en ligne).

Des formations existent : des programmes régionaux tels que l’EBAD (École de Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes, installée à Dakar, pour les pays d’Afrique francophone), l’École de Tunis ou l’École de Cordoba (Argentine) ; des écoles nationales ; des programmes intégrés à des cursus universitaires, notamment dans les pays du Commonwealth ; des formations continues (dispensées par exemple par la Direction des Archives de France avec le stage technique international, ou par  l’IRMT – International Records Management Trust).

De nombreux pays ont adopté une formule mixte. Ainsi à Haïti, deux promotions ont suivi une formation de base ponctuelle ; puis plus de la moitié des « techniciens en archivistique » formés par ce biais ont suivi le stage technique international de la Direction des Archives de France ; et deux cadres se sont ensuite perfectionnés par une maîtrise effectuée à l’université de Toulouse et de Montréal. Le développement de cette formation a eu ensuite un effet boule de neige : les cadres formés sont rentrés travailler en Haïti, où ils ont formé les nouveaux agents, ont créé l’Association des Archivistes Haïtiens, et s’apprêtent à mettre en place un programme de gestion des documents administratifs.

 Quelle stratégie pour l’avenir ?
La formation à la gestion des archives traditionnelles est un enjeu essentiel pour les pays du Sud. Mais de nouveaux défis se présentent aujourd’hui : la fracture numérique doit être réduite et la formation des archivistes doit aussi les préparer à gérer les archives numériques.
Pour y faire face, la stratégie à envisager doit être pragmatique :

  • Fixer des priorités selon les pays pour tenir compte des situations locales ;
  • Renforcer la capacité des écoles professionnelles à caractère régional ;
  • Miser sur la formation à distance grâce aux outils proposés par exemple par l’IRMT et le PIAF (Portail International Archivistique Francophone) tout en aidant les étudiants par un système de tutorat ;  
  • Utiliser des logiciels libres comme Atom ;
  • Communiquer entre pays, se concerter et partager son expérience.
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